Rubber: l’art de la mise en scène et de la personnification

Bonjour à tous,

Aujourd’hui je vous présente un film autant conspué et considéré comme un navet que porté aux nues par un certain nombre de fans. Rubber a été écrit, cadré, réalisé et monté en 2010 par Quentin Dupieux. Il a la particularité d’avoir été tourné en 14 jours avec un petit budget et deux appareils photo Canon.

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Synopsis

Dans le désert californien, des spectateurs incrédules assistent aux aventures d’un pneu tueur et télépathe, mystérieusement attiré par une jolie jeune fille. Une enquête commence.

Mon avis

Le film débute sur une séquence de présentation par le shérif en face caméra, on se rend compte directement après qu’il parle en fait à des spectateurs, placés au même niveau que la caméra sur le premier plan. Ceux-ci ont conscience d’être des spectateurs (du film et de l’action) tout comme le shérif a conscience d’être un personnage. Le quatrième mur est donc brisé dès le début et la progression des spectateurs servira de seconde intrigue et ces derniers commenteront l’histoire petit à petit. Lors de cette scène nous ne savons pas du tout à quel genre de film nous aurons affaires.

Dans les secondes qui suivent, le film prend tout son intérêt : un pneu prend vie. Nous le suivons alors dans son « road-trip » et très rapidement nous le personnifions, lui affectant des émotions, des pensées et même une personnalité. C’est là toute la virtuosité de Quentin Dupieux dans ce film : faire travailler l’esprit du spectateur et réussir à lui faire imaginer toutes ces choses grâce aux mouvements du pneu, au cadrage et à la musique. Il donne vie à l’objet et le rend tout à fait crédible. On saisit d’ailleurs sans peine les émotions qu’ils tentent de créer : le coup de foudre, la colère, la détresse etc. Il va même plus loin puisque seul le pneu possède de réelles émotions. Les hommes sont comme déshumanisés, vides et plats.

On assiste dès les premières minutes à une gradation de la violence. D’abord chez le pneu qui commence par écraser une bouteille en plastique, exploser une bouteille en verre par sa force télékinétique, puis tuer un oiseau pour finalement tuer plusieurs humains. En outre, le cadre, notamment les gros plans, met en valeur ses mouvements, les rendant plus théâtraux. La violence s’accroit aussi chez les spectateurs : ils se jugent de plus en plus entre eux et deviennent insultant. Or, ils ne jugent jamais le pneu, comme si le fait qu’il ne soit pas humain, avec une façon de communiquer propre, une éthnie particulière ou un style particulier mais bien qu’il soit seulement un objet doué d’émotions le protégeait du jugement. C’est donc en quelque sorte une critique de la société et de l’Homme en général qui critique, insulte et se délecte de la violence qui se joue devant lui.

(No spoil) La fin nous montre une réelle progression chez le pneu, comme si il avait passé un stade dans sa vie. Son changement de forme est symbolique. Il devient plus fort et comprend que ce n’est pas vers l’homme qu’il faut se tourner, puisqu’il est sans arrêt (re)jeté, et critiqué comme un vulgaire déchet. Le cadre et la lumière le mettent alors plus en valeur par une contre plongée plus marquée ainsi que par une musique beaucoup plus dynamique. D’autres pneus le rejoignent sur sa route. Le dernier plan le montre alors comme un « bad boy » avec sa bande, prêt à conquérir le monde… Voir à le débarrasser de l’humanité.

Le film est volontairement lent afin de donner un aspect photographique et contemplatif et éviter de virer vers le film de série Z qui gâcherait notamment les effets spéciaux et les mouvements du pneu quasiment entièrement réalisé sur le plateau.

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En bref

Je vous conseille de voir Rubber. Je ne vous garanti pas qu’il vous plaira puisque c’est assez particulier mais il est vraiment à voir puisque c’est un réel travail de style réalisé avec un budget très éloigné de ceux des grandes productions, mais aussi avec tout le talent et l’amour de Quentin Dupieux.

6 réflexions sur “Rubber: l’art de la mise en scène et de la personnification

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