Mother: la descente aux enfers symbolique et oppressante

Bonjour à tous,

Aujourd’hui attardons-nous sur le film Mother (2017) de Darren Aronofsky, réalisateur de Requiem for a dream (2000) et Black Swan (2010). Ce thriller a été très mal reçu par les grands critiques de cinéma tels que Les cahiers du cinéma ou Positif mais aussi par un public qui ne savait pas forcément à quoi s’attendre et qui ne saisissait pas forcément toutes les subtilités de l’œuvre. Or, c’est selon moi une œuvre à la fois symbolique, émouvante et originale par sa mise en scène.

Mother de Darren Aronofsky

Avec : Jennifer Lawrence, Javier Bardem et Ed Harris
Genre : Thriller, drame
Nationalité : Américaine
Date : Septembre 2017

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Synopsis :

« Un couple voit sa relation remise en question par l’arrivée d’invités imprévus, perturbant leur tranquillité. »

Mon avis :

Mother est un huis clos dans lequel nous suivons une femme : Mother, jouée par Jennifer Lawrence, dont le but est de créer à son couple un petit cocon rassurant tandis que son mari est occupé à essayer d’écrire de la poésie. Au début tout paraît paisible et rassurant, notamment grâce à la lumière douce et aux couleurs claires. De plus, la protagoniste est tellement calme qu’on a presque peur de se trouver devant un personnage plat et soporifique.

Cependant, l’arrivée d’un homme va tout perturber. En effet, Mother la vit comme une violation de son intimité et de son cocon familial. On la suit constamment de très près dans ses allers-retours qui deviennent très vite étourdissants en raison du cadre resserré qui nous empêche de poser notre regard ailleurs. Ces éléments additionnés aux couleurs et à la lumière de plus en plus sombre, l’atmosphère devient angoissante et terriblement oppressante. Plus le temps passe, plus les événements s’enchainent et plus d’autres personnes entrent dans la maison : d’abord une femme puis beaucoup d’autres. A l’instar de Mother, on se sent prisonnier et impuissants virant même parfois à la paranoïa, d’autant plus que celle-ci est victime d’hallucinations, voyant sa maison brûler notamment. Ces intrusions vont prendre de plus en plus de place, jusqu’à détruire sa vie ainsi que son espace.

Darren Aronofsky, grand amateur du thème de la descente aux enfers parvient ici encore à le mettre en scène avec brio. La différence avec ses autres films, notamment Requiem for a dream, est que dans Mother ce n’est pas vraiment le personnage qui la provoque. En effet, ici le déclencheur n’est autre que le poète et mari de Mother. En effet, on comprend très vite que Mother est éperdument amoureuse de lui et son but est de lui créer un beau cadre de vie et de l’aider dans sa création. Lui, au contraire, ne vit que pour l’admiration des autres et on ne s’en rend compte qu’à l’arrivée de l’homme qui n’est autre qu’un de ses fans. Le poète est un pervers narcissique faisant croire à Mother qu’elle est la cause de ses problèmes et détruisant son cocon, son seul repère, en invitant de nombreux inconnus sous son toit. Sa soif de reconnaissance va détruire sa famille, allant jusqu’à tuer sa femme et son nouveau né. La fin, très symbolique, le montre récupérant le cœur de Mother représentant la seule chose qui lui reste, à savoir son amour provoquant ainsi sa mort. Les derniers mots de celle-ci sont d’autant plus parlants : « Tu ne m’as jamais aimé, tu aimais simplement l’amour que j’ai pour toi. »

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Au-delà de la figure du pervers narcissique détruisant ses proches et se nourrissant de l’admiration des autres, le film a un tout autre sens : il s’agit d’une symbolique biblique. En effet, il raconte en fait la Genèse et l’Apocalypse. Rien que le fait que les personnages n’ait pas de noms en dit long. Le poète étant le Dieu créateur, Mother est la Terre et représente la fertilité, d’où la différence d’âge entre les deux. Ils accueillent ensuite l’Homme et la Femme. Celle-ci apparaît après une scène montrant l’Homme (joué par Ed Harris) visiblement blessé au niveau des côtes. Ce n’est donc pas sans rappeler la création d’Eve à partir de la côte d’Adam. En outre, celle-ci représente le pêché, d’où sa représentation souvent ivre, séduisante et pervertie dans le film. L’arrivée du couple entraine l’arrivée d’hommes et femmes de plus en plus nombreux, ceux-ci se révélant être tous des fanatiques du créateur, donc des croyants. Par la suite, Mother met au monde son enfant, Jésus, qui sera sacrifié par les croyants pour leur Dieu. Celui-ci les pardonne tandis que la mère crée l’Apocalypse en détruisant la maison entière en la brûlant après avoir elle-même était violentée par les hommes. Le réalisateur est donc parvenu à faire un récit biblique percutant en passant par des images et symboles, contrairement à son récit biblique dans Noé.

Le film est d’autant plus saisissant que les acteurs jouent incroyablement bien. La performance de Jennifer Lawrence est juste incroyablement convaincante et fait froid dans le dos. On parvient sans peine et très rapidement à s’identifier à elle et à ses angoisses et on est véritablement ému par ce qu’elle vit. C’est pour moi le meilleur rôle de l’actrice. Ajoutons à cela le talent de Javier Bardem et d’Ed Harris, froid et angoissant, parfait pour ce rôle d’intrus inquiétant et nous obtenons un très bon coktail.

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En bref :

Je ne peux que saluer Aronofsky pour ce film qui m’a complètement chamboulé par sa mise en scène, le jeu d’acteur impressionnant, l’ambiance et les symboles derrière cette histoire. C’est aussi la preuve, au même titre que Rubber de Dupieux que les films plus expérimentaux ont du mal à trouver leur public et à avoir l’accueil qu’ils méritent par les critiques qui sont souvent trop attaché à un cinéma plus conventionnel.

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