[Critique] Room de Lenny Abrahamson

Room

Réalisateur : Lenny Abrahamson
Avec : Brie Larson, Jacob Tremblay
Date : 2015
Dispo sur Netflix

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Synopsis :

Jack, 5 ans, vit seul avec sa mère, Ma. Elle lui apprend à jouer, à rire et à comprendre le monde qui l’entoure. Un monde qui commence et s’arrête aux murs de leur chambre, où ils sont retenus prisonniers, le seul endroit que Jack ait jamais connu. L’amour de Ma pour Jack la pousse à tout risquer pour offrir à son fils une chance de s’échapper et de découvrir l’extérieur, une aventure à laquelle il n’était pas préparé.

Mon avis :

Partagé entre deux huis clos, Room raconte l’histoire très prenante d’une mère et son fils séquestrés.

C’est en adoptant le point de vue du petit Jack, 5 ans, que nous découvrons le premier huis clos : une simple chambre plutôt vétuste avec le strict nécessaire dans laquelle il vit depuis sa naissance avec sa mère. Bien que les premiers instants soient emplis d’amour entre Ma et son fils, l’endroit devient oppressant au fil des minutes et des discordes agrémentant ces moments de paix, rappelant alors qu’il n’y a aucune échappatoire. On aimerait d’autant plus fuir l’endroit, et ainsi en quelque sorte la réalité, quand on comprend que Ma a été kidnappée étant ado et que Jack est issu de viols réguliers de l’homme qui la séquestre depuis 7 ans.

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Le film est extrêmement touchant, notamment grâce à cette utilisation du point de vue de l’enfant. Son innocence et la douceur avec laquelle il est montré s’oppose et se heurte à la dure réalité. Sa mère connaît le monde extérieur et rêve de le revoir tandis que lui ne connaît rien d’autre que la chambre dans laquelle il est né. Il se créée alors un cocon réconfortant dans cet environnement peu attirant où seul un velux laisse entrevoir un quelconque ailleurs. Pour ce faire il personnifie chaque objet et lui donne une fonction détournée : les toilettes deviennent ainsi une base nautique pour le petit bateau de papier, des coquilles d’œufs empilés deviennent un serpent et l’armoire devient un refuge afin de ne pas voir ce que subit sa mère une fois la nuit tombée. Cet amour pour cette prison qu’il croit être un refuge ne fait que rendre l’histoire plus dramatique.

Lorsqu’enfin ils parviennent à s’échapper, Jack se heurte en quelque sorte à son « mythe de la caverne » de Platon . Lui qui refusait de croire que le monde ne se réduisait pas à sa chambre, a bien du mal à ne pas être effrayé par le monde qui l’entoure. La deuxième partie du film est un véritable parcours initiatique, la découverte du monde. Cependant, ce deuxième mouvement s’articule autour d’un second huis clos : la maison de ses grands-parents. Censé être un endroit accueillant, chaleureux, l’enfant ne s’y sent pas bien, nostalgique de l’endroit dans lequel il a vécu toute sa vie. Pendant une bonne partie du film, cet endroit gigantesque comparé à son ancienne demeure sera la représentation de son ennui et de sa solitude lors de l’absence de sa mère.

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Intéressant de constater que là où l’enfant apprend à faire confiance et découvre le monde, sa mère, elle, se retrouve confrontée aux opinions de bon nombre de personnes sur sa vie et sur l’éducation de son enfant. Avis qu’elle n’a jamais eu à prendre en compte puisqu’élevant seule son enfant. Là où elle a appris à Jack comment sortir de leur geôle, c’est lui-même qui la sortira de son mal-être en demandant à revoir la chambre pour un dernier adieu libérateur.

Ce film particulièrement émouvant se pare d’une très belle mise en scène, allant au plus près des personnages. Des gros plans segmentent les corps avant un ultime plan d’ensemble les unissant lors de l’adieu à la cabane où ils étaient enfermés, comme s’ils avaient retrouvé leurs morceaux manquants. Intéressant également de voir que l’histoire ne s’arrête pas à leur fuite mais continue bien après, mettant en avant les difficultés d’un tel retour à la réalité. L’excellent jeu des acteurs participe grandement à la beauté de l’œuvre, notamment Jacob Tremblay, portant très bien son rôle, juste et crédible.

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