[Critique] Joker

Joker

Réalisateur : Todd Phillips
Avec : Joaquin Pheonix, Robert de Niro
Date : Octobre 2019

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Synopsis :

Le film, qui relate une histoire originale inédite sur grand écran, se focalise sur la figure emblématique de l’ennemi juré de Batman. Il brosse le portrait d’Arthur Fleck, un homme sans concession méprisé par la société.

Mon avis :

Voilà un film qui fait parler de lui, et il y a de quoi. Todd Phillips s’approprie l’histoire du Joker, s’inspirant de comics comme The Killing Joke, tout en créant une œuvre à part entière. Il donne ainsi sa version de la genèse du Joker, ou comment un homme simple a sombré dans la violence, devenant l’ennemi juré de Bruce Wayne aka Batman.

Lors des premiers instants du film, nous découvrons Arthur Fleck devant son miroir grimé en clown tentant de se donner du courage en se forçant à sourire, provoquant ainsi une grimace. S’en suit une scène où une bande de malfrats tabassent le pauvre homme contraint de se ridiculiser en public afin d’attirer des clients dans la boutique pour laquelle il travaille. Ces deux scène posent les bases en montrant crument une violence inouïe, oppressante qui ne fera que s’accentuer tout le long du film nous plongeant de plus en plus dans la noirceur. Ici, contrairement à bien des films de super-héros, pas d’effets spéciaux ni de scènes d’action spectaculaires agrémentées de musiques orchestrales sensationnelles. Le réalisateur se contente de créer la gêne et la tension à l’aide de ces scènes purement violentes extrêmement bien écrites et qui ne sont pas données gratuitement. L’intrigue montre tout simplement une décente aux enfers, un plongeon dans les profondeurs de la folie. Le tout est écrit avec honnêteté et finesse en évitant les discours consensuels sur la maladie et les hopitaux psychiatriques. A cela se mêlent l’humiliation et le mensonge, les deux éléments qui lui font tourner la carte. En effet, on le manipule et on lui ment pour le faire virer de son job et la personne la plus importante à ses yeux n’est pas celle qu’elle disait être, remettant en question sa vie entière.

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Hormis une direction de la photographie absolument magnifiques et une mise en scène très inspirée de Taxi Driver de Scorsese, le film jouit d’un excellent casting. Ainsi deux acteurs majeurs de ces précédentes décennies, Phoenix et De Niro, se font face, l’un incarnant le Joker et l’autre incarnant son idole, le présentateur Murray Franklin. Ce dernier n’est finalement qu’une des nombreuses mascarades qui emplissent son quotidien, un autre mensonge à faire disparaître de la vie de cet homme en marge de la société… et de la réalité. Joaquin nous offre ce qui est probablement sa meilleure performance. La peau sur les os, les traits tirés et un rire glaçant et hystérique, l’acteur incarne à la perfection le rôle et pourrait presque détrôner le Joker d’Heath Ledger. Il est tout bonnement bluffant dans ce rôle, passant du rire aux larmes en quelques secondes, nous plaçant constamment entre compassion et inquiétude.

En dressant le portrait de cet homme banal à la situation précaire, Todd Philips met en lumière une société américaine branlante et en crise. Le peuple s’oppose aux élites politiques et sociales en plaçant comme symbole de l’anarchie le fameux Joker, entrainant des émeutes d’une violence sans nom. Le réalisateur fait également beaucoup de références à l’assassinat de Kennedy, ayant énormément marqué les Etats Unis, à travers des références audiovisuelles. On ne peut que remarquer le titre Blow out sur la devanture du cinéma, film qui fait référence au Zapruder Film, un film d’archive de quelques secondes où l’on voit l’assassinat de Kennedy. Le meurtre mis en scène sur le plateau de TV en direct dans le Joker fait également référence à cet événement qui était la première mort filmée en direct à la télévision, choquant irréversiblement les spectateurs américains. Le réalisateur, en plus de faire ces références questionne la place du cinéma et de la télévision et les conséquences de ce qui sont montrés ou mis en scène. Le fameux meurtre montré en direct dans le film entraîne d’ailleurs immédiatement d’immenses émeutes dans la ville.

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L’engouement pour Joker est compréhensible : réalisation impeccable, jeu d’acteur excellent et références à des événements politiques et sociaux encore au cœur des préoccupations des Etats Unis. Joker est bien plus qu’un film de super héros, il dénonce à travers la violence et le fait magistralement bien.

NB : autre point sur l’histoire des Etats Unis traité dans Joker : le personnage est largement inspiré du serial killer John Wayne Gacy alias Le clown tueur.

10 réflexions sur “[Critique] Joker

  1. Strum dit :

    Pour ma part, je ne vois pas vraiment ce que le film « dénonce à travers la violence ». Le film ne montre que le point de vue du Joker (ce qui est limitatif) et surfe opportunément sur plusieurs débats actuels à mon avis. Reste Joaquin Phoenix, exceptionnel comme souvent.

    Aimé par 1 personne

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